Le Remembrement colossal

Remembrement colossal
Autoportraitiste, dramaturge et poète de l’enhardissement, Charles Juliet, l’écrivain « réunifié », publie Lumières d’automne, le sixième tome de son journal et de ses moissons littéraires et spirituelles. Rencontre à Ajaccio. (article publié au Courrier de Genève du samedi 20 novembre 2010)
Il était invité le 21 novembre dernier à la Villa Bernasconi dans le cadre du 30ème anniversaire de la revue d’art Trou XX. Charles Juliet, auteur d’une trentaine de livres, participait aussi en septembre aux rencontres littéraires d’Ajaccio organisées par l’association Racines de ciel. Elles ont eu lieu dans la splendide enceinte du musée-fondation Le Lazaret Ollandini où le profil de patriarche romain de Charles Juliet se découpait, grave et impérial, le long de l’allée des sculptures aux faux airs de Modigliani. S’il ne paraît plus déchiré par le doute, sa disposition aux échanges et son sourire dévoilent un homme apaisé. La langue impeccable, écrite ou parlée de l’auteur de L’année de l’éveil (Grand prix des lectrices du journal Elle, 1989) a longtemps côtoyé le tragique. Surprise, la voici moins embastillée dans le chagrin. Veloutée, sous un ciel strié de rose et de brun puis persillée de la couleur saumonée qui annonce la nuit corse, elle conte la douleur rencontrée mais aussi le bonheur lentement apprivoisé. Juliet sait tenir la plume et la main de celui dont les pleurs roulent sous l’écume des jours. « J’ai beaucoup apprécié ce voyage vers Ajaccio, ville que j’ai connue à dix-sept ans pour y rencontrer mes parents adoptifs. La traversée en bateau m’avait donné un mal de chien… » dit-il pour souligner « sa » modification.
De Jujurieux à Lausanne
L’enfant de Jujurieux, qui vit à Lyon depuis une quarantaine d’années, n’est pas attiré par la mer. « Elle ne me parle pas », susurre-t-il. Il en va différemment des mères, -l’une, partie au-delà des sourires physiques mais continuellement à portée de ses soupirs-, et l’autre, la mère adoptive, une « sainte femme », revient dans la conversation, immaculée, vibrant encore d’un amour infini. Qu’on se le dise, malgré sa fièvre poétique et sa quête constante de l’unité de l’être, Juliet, ascétique, méditatif ou concentré sur l’invention de l’écrivain en lui, est un terrien ! Le plancher des vaches, dont les ombres dansant dans la brume épouvantaient l’enfant-berger qu’il était jusqu’à seize ans, reste son espace privilégié. C’est sur la terre ferme et pendant ses promenades que les phrases qu’il couchera sur le papier achèvent leurs germinations. « Je parle mentalement tout ce que j’écris. Ce rythme m’est imposé car je compose mes textes dans la rumination ». Longue est donc souvent la mastication des mots avant leur « recrachement » de la forge intérieure où ils ont été convoqués, dégrossis, profilés. Ce travail a mis du temps à prendre forme, d’où le sentiment de défaite et d’abandon qui a longtemps prostré Juliet, l’artisan des mots. Heureusement qu’il y a eu M.L., sa compagne. Puis, en 1972, la parution de Fragments (ouvrage préfacé par l’écrivain Georges Haldas), aux éditions Rencontre de Lausanne, a inauguré la lente sortie des ténèbres. « Pendant mon enfance, j’ai beaucoup entendu parler de la Suisse et j’étais heureux d’y publier mon premier livre.
Le fétichisme de l’absolu
Au cours de notre conversation, Charles Juliet se souvient de l’un des premiers livres qu’il a acheté : « Trois tomes de la bible. J’allais sur mes vingt-cinq ans et j’étais désargenté ». L’ecclésiaste, le cantique des cantiques et les évangiles l’ont marqué. « Pendant des années, j’ai été hanté par le fétichisme de l’absolu», note-t-il dans son dernier livre. Il ne l’a pas rangé au rayon des antiquités, mais l’attrait pour ce qui est en soi et, partant, incorruptible, a formé son refus de la contingence et son goût pour la clarté, la concision, le retrait. Il revient sur ses auteurs de référence : Camus, Hemingway, Tchekhov, Leiris, Beckett, Nikos Kazantzakis, Yves Gibeau, Plotin, Thérèse d’Avila, les correspondances de Van Gogh. Il a pris quelques distances avec Leiris et Beckett pour des raisons stylistiques. Leurs contributions dans la « calligraphie de nos tribulations » et l’usage de l’écriture comme l’instrument d’un creusement intérieur ont cependant contribué à la résolution du conflit avec soi et les autres. Dans son recueil poétique A voix basse (P.O.L,1997) Juliet notait: « Ne crains pas la solitude/Elle te fait don/De la rencontre avec toi-même/Là où boire goulûment à la source». La lecture des mystiques et des inclassables, tel Chrisnamurti, l’a sculpté. Il a écouté ce dernier à Saanen, près de Gstaad, en 1968 et le philosophe indien a imprimé en lui une joie ineffable. A ce point ? « Oui. Il est des rayonnements qui, brisant les barrières linguistiques, religieuses et culturelles, échappent en effet ״au vieux cerveau conditionné˝ de l’homme, vous submergent, vous transforment…»
Ajaccio ou le retour de l’homme réunifié
En compagnie de François Ollandini, le président du Lazaret, Charles Juliet reparle de son adolescence et de sa jeunesse. Il était « enfagoté » dans ses questionnements et se trouvait dissocié. Il a traîné une longue période de confusion mêlée de dispersion. Ce qu’il abhorre ? La malhonnêteté intellectuelle ! « On a voulu me faire payer, au prix fort, mon retrait volontaire». Il peut maintenant puiser dans son propre puits car il est désormais « réunifié». Son itinéraire d’écrivain a été chahuté mais également nourri par le blues, cette musique adossée à une souffrance, et les phosphorescentes rencontres avec les peintres. Que recherchait-il pendant les années de galère ? « L’intériorité qui est en nous, qui n’a pas de visage. Je n’ai jamais été enfermé dans une armure, mais j’ai été disloqué. J’en suis revenu en devenant un homme en travail.» Répondant à une question du public, il évoque ses coutures : les livres écrits ou lus pour interrompre le démembrement de l’être et la sensation de flotter. Lambeaux a été une pièce essentielle de l’auto-couture. La reconstitution de soi, glisse-t-il, est la chose primordiale pour sortir du sentiment de découpage qui vous laisse en miettes. Qu’est-ce qu’écrire ? Ses retraites à Saorge et le voyage au Japon qui clôt le tome VI de son journal (éd. POL, 2010) disent : « L’écriture est ratures, clarification, dialogue et apprentissage pour mieux aimer et conquérir la sagesse ».
Annonces
- Charles Juliet a offert les manuscrits des trois premiers tomes de son journal à La fondation Bodmer du canton de Genève.
- Du 16 novembre au 4 décembre au Théâtre de la Croix rousse à Lyon (France), une adaptation de Lambeaux, roman de Charles Juliet sera donnée par la comédienne Anne de Boissy
- Le 15 décembre à 18h30, à la bibliothèque de Lyon Part-Dieu, l’écrivain et essayiste Bernard Noël et Charles Juliet dialogueront.
Sortie de route

Sortie de route
(J’ai publié cette chronique le samedi 23 octobre au Courrier de Genève)
Buffon résuma ainsi le fait littéraire : « Bien écrire, c’est tout à la fois bien penser, bien sentir et bien rendre ; c’est avoir en même temps de l’esprit, de l’âme et du goût.» Demain j’aurai vingt ans d’Alain Mabanckou, sort des clous et s’offre comme l’une des embardées littéraires de cette rentrée.
Quel sens donner à sa vie ? Tel aurait pu être l’histoire construite autour de Michel, un Congolais de dix ans, plongé dans un environnement familial polygamique. Mais elle sonne faux. La langue est sans relief et le discours surfait. Michel, héros plus clopinant que désopilant, ne parvient pas à lire les appréciations portées par l’instituteur sur son bulletin de notes. Il nous est néanmoins présenté comme un quasi esthète en science politique et un comparatiste chevronné en relations internationales !
Au Congo, le communisme tropical que vénère son oncle René l’exaspère. Grâce à la Voix de l’Amérique, il suit, compatissant, les tribulations radiodiffusées du Chah d’Iran, monarque déchu. Quand Michel ne tente pas de percer à jour les aventures sentimentales de sa mère, il nous narre les siennes avec une évanescente et peu consistante Caroline. A ses heures perdues, ce ne sont pas les jeux de billes qui intéressent notre frétillant cancre-érudit. Il a mieux à faire : tourmenter l’amant de sa mère, motiver sa détestation du Palestinien Yasser Arafat, courtiser la copine de son grand-frère (car il a bien retenu la leçon de son papa Roger qui affirme que « la femme de l’autre est toujours sucrée »). Loin d’assumer ses propres turpitudes, il accable son prétendu ami Lounès ! Ce roman qui n’agit pas selon la loi du « dépliage » chère à Flaubert et à Nabokov, est à ce point débridé que l’auteur en perd le gouvernail et le cancre-érudit son bien maigre latin.
Mabanckou étonnait et ravissait par son ton et la rouerie de son style. Ici, la compilation des faits des années soixante-dix devient un pastiche des défauts de l’auteur. Comment suivre un récit avançant en crabe, selon les mots du narrateur, qui nous promène de Pointe Noire à Alger, de Phnom Penh à Kampala, sous Idi Amin, à l’Egypte de Sadate, de Mobutu à Kissinger, de la poésie de Verlaine aux miliciens de l’Angolais Jonas Savimbi, de Mesrine – ressassé -, à Mère Térésa ? Comme il n’était guère pensable que l’étonnant voyageur Michel ne parlât de la France, de Gaulle est servi jusqu’à l’indigestion lorsque notre époustouflant « public relations » double la dose et cite onze fois le nom de Giscard d’Estaing sur deux pages. Flagornerie ! Ce « roman-googuelisé » est un exemple : celui qu’il faut, chers écrivains, proscrire d’urgence pour éviter de fracassantes sorties de route.
(Demain j’aurai vingt ans – Alain Mabanckou – éd. Gallimard)
Contre les tanatophiles

(Cet article a été publié au Courrier de Genève le 4 septembre 2010)
Contre les tanatophiles
Né à Béziers en 1962, Antoine Barral, signe un ambitieux et audacieux premier roman au titre provocateur : Les Philopyges (soit « les amis des fesses »). Qu’est-ce donc, lecteurs, mes amis ? Une association de promotion du foutre ou du je-m’en-foutisme ? Ni l’un ni l’autre, ô humains pressés de vous réjouir ou d’admonester ! Voici un libelle à l’écriture dix-huitiémiste et enjouée contre les tanatophiles de tout poil.
Antoine Barral nous ramène en 1898, au moment où l’affaire Dreyfus divise la France. Emile Zola , écrivant au président félix Faure sa fameuse lettre ouverte contre l'esprit d'avilissement national, réfute l’accusation de trahison qui a conduit le capitaine Dreyfus au bannissement. Elle lui sera fatale, mais lAntoine Barral n’insiste guère sur ce point. En revanche, il montre une société française crispée, en proie à la peur de l’autre et à la phobie des conspirations. Notre narrateur revisite, malicieux, une période qui ressemblerait à la nôtre, avec le scandale de Panama en arrière-fond politico-économique, l’agitation des ligues d’extrême-droite et des généraux félons d’abord résolus à prendre le pouvoir par la ruse ou l’effroi, puis se montrant timorés au moment de le ramasser. Mais on les voit déterminés à poursuivre l’aventure coloniale à Fachoda et au cœur des ténèbres africaines. Ces ligues entendent aussi réduire le pouvoir de la presse et juguler l’action des intellectuels. Dans ce climat quasi insurrectionnel, où Jean Jaurès semble être le seul homme public capable de sauver le peu d’honneur qu’il reste à la classe politique, entre en scène « le groupe des passionnés de la croupe », comme se définissent les Philopyges.
Il est dirigé par Alexandre Wollaston (personnage fictif) et cosmopolite, mais citoyen anglais qui a choisi la France comme pays d’adoption et d’expérimentation d’un anarcho-cosmopolitisme mondial. Autour de ces hédonistes, passent ou trépassent des figures connues : Hugo, Mirbeau (formidable critique littéraire, pamphlétaire et talentueux écrivain qu’il conviendrait de tirer de l’oubli), Gide, Mallarmé, Henri de Régnier et des auteurs hispanisants, précurseurs d’une internationale de la révolte. Cette confrérie se heurte donc de front aux ligueurs et en particulier aux lieutenants de Déroulède que sont Maurice Barrès, Barillier et Habert. Les anarcho-libertaires expriment crânement leur utopie « cette affaire Dreyfus n’est qu’un révélateur de tous les mots qui rongent notre société. L’armée, l’église vont vaciller, et nous devons être présents pour hâter leur chute et pour que le vingtième siècle soit celui de l’épanouissement d’une nouvelle humanité. »
Dans une ville de Paris livrée aux barricades et aux affrontements, l’auteur a cependant un peu trop tendance à parler de l’Espagne ; on eût aimé que le récit fût davantage concentré sur le quartier Latin où agonisent l’esprit des Lumières et le sens de l’honneur. Les duels sont désormais désuets, semble le regretter l’auteur. A travers eux, se manifestait, glisse-t-il entre deux « philopygeries », le risque de quitter la vie, mais davantage la satisfaction de conserver sauve sa dignité. Se meurt aussi la passion pour l’intérêt public tandis que prospère l’assouvissement des plaisirs personnels. Ceci est habilement suggéré à travers ces « petites morts » élyséennes dont l’abus abrégea et la vie et le mandat d’un Philopyge, selon Barral : le très libertin président Félix Faure. Eugène Ebodé (Les Philopyges – Antoine Barral – Editions singulières, 342 PP – 2010)
La rentrée sociale et littéraire

La rentrée sociale et le Boudoir
Quel été ! Je dois une infinie gratitude à Marcel Roques, maire de Lamalou-les-Bains et à son conseil municipal. Nous avons fait une joyeuse escale dans cette station thermale et goûté aux mille saveurs d'une cité anciennement volcanique. Ses eaux vives revitalisent à souhait les cellules meurtries et sous tension en ces temps oppressants. Elles nous ont été profitables.
Après y avoir rendu, avec la star de la world music Wes Madiko, un émouvant hommage à Michael Jackson, j’ai été
très heureux de participer au deuxième festival Les racines du Ciel, à Ajaccio. Dans le cadre rénové du palais du
Lazaret, nous avons, avec Charles Juliet, Jean Rouaud, Pierre Assouline, Noëlle
Chatelet, Jérôme Ferrari, Leïla Sebbar, Michel Canesi, Jamil Rahmani et
Laurence Tardieu, parlé des rapports si complexes qui vont de l’intention
d’écrire à la réalisation littéraire. Le constat est partagé : les douleurs
qui entourent la naissance d’un livre ou qui viennent après son surgissement ne
sont pas toujours maîtrisables ou exprimables. Charles Juliet, si fracturé en
dedans mais constamment lumineux en dehors, m’a frappé par la densité palpable de ce qu’il
dit, plie et replie, en si peu de mots. L’entretien, que dis-je, le duo entre Jean
Rouaud et Pierre Assouline a été un moment captivant.
Il me faudra
revoir Ajaccio, ses sanguinaires, ses plages, son coucher de soleil, et surtout
ses lecteurs croisés au hasard d’une rue et avec lesquels nous reprenions les
conversations achevées la veille au lazaret. Sur les hauteurs de la ville, en face de
Cargèse, se trouve un coin de paradis. Merci à Claudine et à Ange-François de
nous y avoir introduits.
Après les pavés, la plage ? La formule serait plutôt à inverser en cet automne hésitant entre le chaud et le froid. Nous aimerions bien nous plonger dans la lecture de quelques livres parmi les sept cents livres de la rentrée littéraire, mais ils patienteront car voici le peuple appelé à battre le pavé pendant qu'il est encore brûlant.
Selon le
professeur Paul Pierson, l’adoption d’un modèle néolibéral pour
rééquilibrer les caisses de retraite semble inévitable, si on s’en tient aux
préconisations formulées par la Banque Mondiale en 1994. Les aléas
démographiques, les tensions dans les systèmes de répartition, le chômage de
masse et l’allongement de la longévité plaideraient en faveur de réformes. L’universitaire
Gosta Esping-Andersen déclare que ce qui est en cause, c’est l’état providence.
Stephen Silvia (photo), professeur en Science politique à l’American University de Washington, de passage en France pour animer un séminaire sur la problématique des régimes de pensions, plaide pour une approche
comparatiste du sujet. Etudiant les réformes des systèmes de retraite aux
Etats-Unis et en Allemagne, il indique que cette innovation bismarckienne est arrivée, partout, à
un stade d’épuisement. Cet essoufflement vise les systèmes de répartition appelé Pay-As-You-Go (PAYG) et ceux des nouveaux pays ayant adopté un système de pensions par capitalisation. Que faire pour garantir les pensions en période de transition démographique, de chômage de masse et de croissance molle ? Toute réforme des retraites ne saurait se passer de
négociations, constate le professeur Stephen Silvia ! Reagan l’a admis à ses dépends en 1982 et Schröder a retenu cette méthode en Allemagne en 1998 et 2004. Tous ont négocié les réformes, ce qui n’est pas le cas du gouvernement
Fillon, concède Stephen Silvia. Même si elles s’ouvraient enfin en France, autour de quel système les discussions s'organiseraient-elles ?
Avec quels acteurs ou partenaires sociaux ? Sur quelles variables les ajustements se feront-ils pour prendre en
compte les veuves, les orphelins, les femmes d’agriculteurs, les mères ayant eu
des carrières irrégulières ? Qu'en sera-t-il des jeunes ayant poursuivi de longues
études ? S’agira-t-il d’ouvrir la porte ou la fenêtre aux fonds de pension
privés ou l’Etat confortera-t-il le système par répartition ? Le poids,
l’élan et l’allant des manifestants fera de la rue l’acteur décisif, l'arbitre des élégances d'un bras de fer social
déterminant.
Les sociologues qui observent de manière empirique le fonctionnement de nos sociétés et les rapports entre l’Etat et ses administrés, nous apprennent que ce dernier redéfinit son périmètre d’action. Il tend aujourd’hui, sous la pression de groupes ou organisations influentes, à se cantonner dans la gestion de ce qui n’est pas rentable aux yeux du marché, et donc, en gros, il ne lui resterait plus que la pauvreté. Ce faisceau de contraintes, stimulé par une nouvelle philosophie de la dérégulation, masque mal la réduction de la puissance publique à l'oeuvre. Le peuple, souverain sur son territoire, doit-il abdiquer ou manifester sa volonté ? L'urgence gronde.
S'agissant de la
rentrée littéraire (magnifique sous le ciel d'Ajaccio), remarquons que Houellebecq, le favori des prix d'excellence, nous parle aussi du territoire dans son
dernier roman. Il brandit -presque- la carte du tendre. Ah Goncourt, que ne
ferait-on pour te ravir !!! L'auteur de L'extension du domaine de la lutte a incontestablement une plume, mais tant de
sagesse soudaine et touchante commande une vérification littéraire de longue
durée avant le tonnerre d'acclamations, pour reprendre une expression chère à Fernand Braudel.
J’ai lu et aimé Celles qui attendent, le dernier roman de Fatou Diome. Quatre personnages, plein de vitalité, nous racontent la face cachée et intime des immigrants. Les espoirs et tourments de ces femmes restées au pays, quand leurs proches sont partis au loin, nous tiennent en haleine. Leurs malices voire leurs refus de s’effondrer malgré les abîmes qu’elles côtoient inspirent le respect. Fatou Diome a de la substance et un talent d’écriture éblouissant.
J’ai ramé pour finir un roman qui me tombait des mains : Demain j’aurai vingt ans. Mabanckou paraît y prendre un étrange plaisir : se singer lui-même. A force d'accumuler des gags, le roman en devient un. La recherche permanente du comique éreinte la patience du plus indulgent des lecteurs. La gouaille du jeune Michel (le personnage principal) semble surfaite. Bref le récit attendu des années tendres tourne à vide et présente des personnages peu crédibles, qu’il s’agisse de Michel (son anticommunisme est confondant de... platitudes), de Lounès, de Caroline et de Pauline. L’imitation de Ken Saro-Wiwa, un rien pathétique, détourne le lecteur d’un livre aussi long et ennuyeux qu’un interminable hiver.
J’ai eu le
bonheur d’inaugurer le 4 octobre, à radio Clapas (93.5) à Montpellier, une nouvelle
causerie littéraire intitulée Le boudoir.
Elle sera bimensuelle. J’ai donc reçu Antoine Barral (photo), pour Les philopyges, un premier et percutant
roman qui nous replonge dans la Belle époque. Il met surtout en scène, dans une
langue vivante et soyeuse, une bande d’amis et d’écrivains, paillards certes,
mais davantage déterminés à obtenir la juste réhabilitation du capitaine
Dreyfus. Ma prochaine émission radiophonique aura lieu le 11 octobre de 18h à 19h. Nous parlerons, Marie-Laure de Noray, Julien Poujol et moi, des livres que nous aimons et de ceux que nous boudons ou qui méritent tout simplement un classement vertical.
Le football dans tous ses états

Le football dans tous ses éclats
Comment les artistes et écrivains originaires du “Sud” ou habitant en Afrique ont-ils vécu ou saisi la première Coupe du monde organisée en Afrique du Sud ? Nous avons approché plusieurs auteurs et artistes. Cinq ont bien voulu répondre à notre sollicitation et d’autres ont décliné la proposition en raison du temps trop court qui leur était imparti. Nous regrettons de n’avoir pu leur accorder ce temps additionnel, si propice aux renversements de situation les plus inattendus en football comme ailleurs. Même si nous n’avons pas couvert tous les champs, nous avons essayé de parler du jeu qu’est le football, de ses enjeux voire des désastres économiques, sociaux, environnementaux ou culturels qu’une manifestation sportive de cette ampleur ne saurait occulter malgré le capital de sympathie qu’elle suscite. Il nous aurait plu de recueillir l’avis d’un philosophe, car les observateurs ont souvent coutume, pour distinguer une équipe d’une autre, de s’interroger sur la « philosophie de jeu » qui anime une formation et la différencie par conséquent d’une autre. Les questions identitaires peuvent aussi surgir autour d’un ballon rond -le Jabulani- aux trajectoires hautement traîtresses sous le ciel des Afriques.
Le style pratiqué par une équipe, son « fond de jeu » et l’orientation tactique qui la mobilise, rendent un collectif défensif et attentiste, ou la projette vers l’avant lui donnant une allure entreprenante quand elle se veut offensive. La disposition naturelle des Italiens pour le Catenaccio (popuklarisé par l'entraîneur franco-argentin Helenio Herrera - photo) est devenue aussi connue que le goût pour l’état de siège que les Brésiliens aiment à pratiquer dans le camp adverse. Ces tempéraments peuvent néanmoins être contrariés selon les desseins des entraîneurs et plus ou moins assumés par ces monarques devenus de droit divin sur les terrains de football. Mais il est clair que la marque de fabrique, le style d’une équipe de football et son « ADN » dépendent de deux choses fondamentales : la culture tactique ou technique dans laquelle baignent les joueurs, et d’un phénomène imprévisible en sport de haut niveau et que l’on nomme le hasard générationnel. Pelé, « Kaiser » Frantz Beckenbauer, Rachid Mekhloufi, Johan Cruyff, Diego Maradona, Michel Platini, Zinédine Zidane, Samuel Eto’o, Didier Drogba, sont de ce hasard générationnel-là. Ils sont ou furent à la fois porte-drapeaux d’une génération et artistes magnifiés pour leur aptitude à galvaniser leurs partenaires, à magnétiser un stade ou à conduire une nation à la victoire. L’édition sud africaine de la Coupe du monde a aussi montré comment une équipe détentrice du trophée majeur pouvait, sur le terrain et en dehors, imploser. La France, trébuchant par orgueil avant de succomber par impuissance, a oublié quelques principes simples recommandés en haute compétition…
Vous lirez la suite en cliquant sur le lien ci-dessous :
http://www.culturessud.com/contenu.php?id=270
Je remercie les écrivains Kébir Mustapha Ammi, Gary Klang, Sunjata Koly, Véronique Tadjo et « Sa Majesté » Lokua Kanza d’avoir participé à la réalisation de ce dossier spécial sur Le football dans tous états que vous découvrirez dans la revue Culturessud.
En attendant de vérifier si le pronostic du poulpe qui fait de l'Espagne (le Barça bis) le gagnant de la finale sur les Pays-Bas est bon, disons que Van Bommel n'a pas dit son dernier mot à Andrés Iniesta. De même, tout laisse à croire que le roué et insaisissable Roben dispose encore de quelques fétiches qu'il lui tarde de montrer au fébrile Casillas. Chapeau bas aux sportifs, supporters, spectateurs et journalistes qui ont rendu compte de cette édition de la Coupe du monde de football ! Je souhaite une bonne convalescence et un peu de… vidéo à Michel Platini. Mille Bravos à l’Afrique du Sud !
Je cours me brancher sur Mediapart pour suivre les invraisemblables contorsions d’une équipe gouvernementale française essorée, sur les rotules, mais feignant encore de jouer les prolongations. Elle paraît sans boussole (oh, ne s’agirait-il point de celle naguère jetée dans les fourrées de Knysna par un kinésithérapeute désemparé et… déboussolé un jour de mutinerie ?). Capitaine Fillon, la voix éraillée, le regard embué et ne fixant plus qu'Edwy Plenel, ne semble pas voir les murs épais contre lesquels son équipe va s'écraser.
L'arbitre a-t-il encore un sifflet, en ces temps de vaches maigres, pour siffler la fin du match ?
Ciao, pantins !

Ciao, pantins !
Nombre de supporters, écœurés par les prestations de leurs équipes nationales et le spectacle navrant de certains hommes et femmes politiques, ont probablement eu à l’esprit ce mot que Coluche n'aurait pas désapprouvé : Ciao, pantins ! le philosophe français, Alain Finkielkraut, en mal de publicité, a trouvé des explications pour le moins étonnantes sur les causes du naufrage. Pour lui, le désastre de l’équipe de France est dû aux « caïds des cités », cette « caillera » gorgée d’or mais inapte à porter correctement le maillot national... En creux, il l'a décrite comme une troupe de Tirailleurs-mercenaires qui, dans la défaite, est la cause unique du déshonneur national. Un tel affront, pour être lavé, commande que soient dare-dare allumés force bûchers pour y précipiter les coupables. Vanité des vanités... Ce philosophe-là, sa novlangue et son ton faussement remonté, inspirent la pitié. Ses saillies, régulières sur les "Noirs" de l'équipe de France, tendraient à montrer que quelques penseurs -ou prétendus tels-, agissent maintenant, dans ce pays déboussolé, comme des coqs sans tête.
Quant à la ministre des sports (photo ci-dessus), oublieuse de ses largesses hivernales aux « ogresques » appétits de l’industrie pharmaceutique, elle n'a pas été avare de surenchères. Elle a d'abord feint de filer le parfait et platonique amour avec les joueurs de l’équipe de France. Elle s'est même vantée de les avoir gentiment sermonés et d'avoir réussi à tirer des larmes à quelques-uns venus expier leurs fautes techniques et leurs défaillances sur son épaule compatissante le soir de déroute contre le Mexique. Puis, revenue dans un hémicycle chauffé à blanc par d'autres affaires fiscalement et socialement plus explosives, elle a botté en touche le ballon compassionnel et retrouvé de virulents accents de procureur pour réclamer la foudre sur des joueurs au comportement inqualifiable. Dans le viseur de son canon pointé sur les mutins de Knysna, elle a fait feu sur les « caïds immatures » ayant roulé des yeux effrayants sur leurs coéquipiers transis et geignant au fond d’un triste bus où ils claquaient des dents comme des poules mouillées. C'était, a-t-on entendu, « des gamins apeurés ».
Si la rue française a grondé et porté aux oreilles bouchées du prince ses insatisfactions sociales liées à la réforme des retraites, qu’a fait la rue africaine ? Elle s'est endormie. Elle réfléchit. Elle attend probablement le renvoi du Ghana, seule équipe africaine rescapée du naufrage continental, pour réclamer des explications. Mais habituée à retourner sagement sous son arbre à palabres, elle aurait pourtant pu, au Cameroun comme au Nigéria, commencer à tirer de la bérézina trois enseignements profitables : ce n’est pas la force des sorciers qui sortira l’Afrique de ses difficultés. Ce n’est pas non plus un seul homme providentiel, qu’il s’appelle Eto’o, Khune ou Drogba, qui compensera les faiblesses techniques, tactiques et psychologiques que les équipes africaines ont exposées au monde. Enfin, quitte à perdre, il y a lieu de le faire dignement comme l’a montré la seule équipe africaine dirigée par un entraîneur africain : l’Algérie.
L’autre enseignement à tirer de cette première phase de poules, concerne la naïveté des dirigeants du football africain. En acceptant d’organiser la Coupe d’Afrique des nations l’année de la Coupe du monde (six mois avant la compétition planétaire actuelle), ces responsables (mais jamais coupables) ont faussé l’équité sportive, participé à l’usure des joueurs africains et à leur essorage avant l’ouverture des confrontations à Johannesburg. Cruelle inconséquence, car les organismes des joueurs africains ne sont pas inusables ! Croire que ces footballeurs, disputant déjà pour la plupart de rudes compétitions européennes, pouvaient disputer plusieurs rendez-vous d’envergure dans la même saison est hallucinant. Heureusement que la Coupe d’Afrique des nations aura désormais lieu les années impaires. Le schéma de figure que nous déplorons aujourd’hui ne se reproduira plus. Les joutes sportives requièrent en effet, du côté des joueurs, fraîcheur physique, cohérence tactique, humilité et esprit de générosité. La première et la troisième sont individuelles mais doivent aussi être soutenues par des autorités incontestables. La deuxième doit émaner, non d’un décret ministériel (les ministères africains ont déjà du mal à en produire dans des domaines qu’ils connaissent vaquement. Le leur demander dans le domaine du football serait les pousser au suicide collectif) mais d’une véritable « causerie » avec un encadrement technique avisé. C’est en fonction des forces de l’équipe et non de ses faiblesses que s’élabore une tactique fondamentale. Quant à l’esprit de générosité, les Allemands, les Argentins, les Brésiliens et les vaillants Japonais, montrent combien la générosité partagée constitue, pour une équipe, une sorte de bonus ou mieux, une épargne d’énergie utilisable durant les temps faibles qui peuvent intervenir pendant un match. L'inaptitude de ces dirigeants à tirer les enseignements des échecs laisse l’observateur pantois. Quand ils se réveilleront, ils solliciteront peut-être les bonnes volontés qui ne demandent qu’à s’exprimer.
Avant que ne commencent les huitièmes de finale, tous les sorciers d’Afrique concoctent-ils enfin des potions magiques à faire boire aux Black Stars du Ghana pour qu’ils ne quittent pas le mondial au prochain match ? Tous les rêves sont permis, même les plus fous !
Hier, les fans du foot pleuraient la mort de la Squadra Azzura et la disparition des Bleus,tandis que les fans de Michael Jackson, dont la tournée de l’album Dangerous s’acheva à Durban, en Afrique du Sudsont inconsolables depuis un an; ils ont allumé une bougie symbolisant l’An I de la disparition du roi de la Pop. Relisons aussi le désormais classique, Le ventre de l'Atlantique, publié par Fatou Diome en 2004.
Une vie de boy
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Une vie de boy
Hier, dans le studio de Radio Clapas, jeune et très impertinente radio montpelliéraine, nous n’avons pas parlé de Ferdinand Oyono, écrivain et homme politique camerounais mort à la veille de l’ouverture de l’actuelle compétition mondiale et célèbre dans l’univers des lettres par deux livres splendides : Le vieux nègre et la médaille et Une vie de Boy. Football et littérature ne font pas toujours bon ménage car me revient en mémoire une question posée à André Brink en juillet 2009 à Alger et portant sur la Coupe du monde en Afrique du Sud. Il me répondit avec sincérité que le football n’était pas sa tasse de thé et qu’il lui préférait le ballon ovale.
A radio Clapas, en une heure d’émission enjouée et mordante (que vous pourrez télécharger en utilisant ce lien http://www.sendspace.com/file/
L’une des invraisemblances du naufrage auquel nous assistons tient aussi à une faillite pédagogique évidente. Les supporters de l’équipe de France manifestent depuis le début de la compétition leur désamour et leur défiance à 98% face aux caprices des faux princes du football français. En effet, personne, dans l’encadrement technique, n’a pris la peine d’expliquer dans quel schéma directeur de jeu allait s’inscrire l’organisation de l’équipe. On a évoqué des « chantiers » en défense, mais on en a ravalé la façade tout en ignorant la bataille du milieu. En outre, myopie suprême, le « staff » n’a pas mesuré l’indigence dans laquelle se trouvait l’attaque vouée à l’improvisation. Sans munitions techniques, sans tactiques de rechange, sans cohésion réelle et sans envie de partager quelque chose en commun hormis les primes, l’édifice tout entier s’est effondré au combat. Le 4-3-3 adopté à Tignes n’était qu’un leurre, car après l’illusion du match contre le Costa-Rica en rencontre de préparation, Malouda et Govou ont vite été figés et repositionnés dans un dispositif frileux et défensif, Ribéry, cantonné au registre de soliste, de dynamiteur des défenses adverses et autoproclamé homme providentiel, tandis qu’Anelka, isolé en pointe, grommelait son malaise en décrochant sans cesse pour venir au moins tâter de la balle. Lassé d’être sifflé hors jeu, sevré de ballons lui parvenant dans le bon tempo, il a choisi la désertion, l’indiscipline tactique d’abord puis l’insubordination grossière. Il désertait déjà sa fonction pour venir au milieu de terrain y faire mine d’être encore dans coup alors qu’il était déjà ailleurs. Or, il aurait fallu jouer avec deux véritables « pointes » (attaquants axiaux) pour qu’Anelka puisse tourner autour d’Henry, de Cissé ou de Gignac. C’est cette organisation défaillante qui a fissuré la confiance du groupe et rendu peu crédible tout discours mobilisateur de l’entraîneur. Résultat, des joueurs fortunés, voyant leurs adversaires moins argentés (Chinois et Mexicains compris) galoper sur les terrains et leur marcher sur le ventre, ont eu le sentiment de mener une Vie de boy sur des pelouses où seule l’humiliation les attendait.
A Radio Clapas, je n’ai pas évoqué Ferdinand Oyono et ses deux principaux romans, tous publiés en 1956 et qui narraient avec efficacité, dérision et un aplomb ravageur, les sentiments d’humiliation et d'incompréhension vécus par les Africains pendant la période coloniale. Dans Une vie de boy, l’écrivain fustigeait les pratiques autoritaires des maîtres et les frustrations des indigènes. Mais l’homme politique qu’est devenu plus tard Ferdinand Oyono s’est glissé avec une ahurissante facilité dans les pantoufles du pouvoir, ses costumes, ses délires et ses dérélictions. A la radio, j’aurais aussi pu parler de Caspar, cet adolescent de quinze ans qui aime la littérature (il l’a très tôt joyeusement tété car sa chère maman est écrivaine) et le football. Caspar m’a fait part de sa grande tristesse devant l’élimination des Lions Indomptables et celles, probables, des Eléphants, des Bafana Bafana voire des Super Eagles. Pour lui, les équipes sympathiques s’en vont quand d’autres, robotisées à l’extrême (pensait-il à l’Italie ou à la laborieuse Slovénie ?) poursuivront leur route vers la gloire. « A vaincre sans péril, on ne triomphe pas forcément sans gloire, mon garçon ! Il ne faut pas seulement se contenter de participer, mais savoir aussi gagner !… Camerounais, Nigérians et Ghanéens l'ont déjà fait dans d'autres compétitions mondiales. Il n'y a donc pas de fatalité à l'échec».
Chers Caspar et Xavier, j’aurais aimé être Le jongleur de nuages, selon le beau roman d’Ysabelle Lacamp, pour chasser ceux qui s’amoncellent au-dessus des têtes des équipes « sympathiques ». Mais ne soyez pas trop tristes, car ces équipes retournent à leur rôle de spectatrices. Elles l’abandonneront le jour où, fendant l’armure, elles jetteront bas la vieille redingote qui rend grotesque et assigne mentalement, psychologiquement et socialement un groupe à une vie de boy !
De la défaite en général et du déni en particulier

La queue basse
Alors que retentissent les trompettes de la commémoration du 70ème anniversaire de l’appel du général de Gaulle pour une France libre, c’est plutôt un pays ivre de rage qui attend le retour de son équipe nationale après sa débâcle sud-africaine. Les Bleus sont tombés contre les Mexicains pour avoir joué comme des bleus, timorés, sans imagination, éparpillés sur un champ de bataille où ils se mouvaient et erraient plus comme des spectres que des joueurs de football. Défaits, car manquant de ce tempérament qui relève les combattants et les remet en selle, les Français ont aussi voulu masquer la réalité par un orgueil mal placé et une inculture tactique impardonnable. Qu’aurait dit le sourcilleux général De Gaulle s’il sortait de Colombey pour restaurer "la grandeur" abîmée de la France du football ? Ecoutons-le gronder : « Je vous ai compris ! Vous avez perdu la bataille et la guerre. Coquelets empruntés aux plumes empesées, ô footballeurs arrogants et si peu dominateurs, vous êtes des veaux ! »
Au vrai, si le peuple des supporters des Bleus était déjà largement commotionné par l’indigence du jeu proposé et les nombreuses fuites dans la plomberie française, la consternation est grande. Son sélectionneur, hier Raymond La science, est aujourd’hui Domenech l’inconscience, car il donnait hardiment rendez-vous aux râleurs, aux critiques et aux sceptiques le 11 juillet, jour de la finale. D’où tirait-il cette conviction ? De la qualité individuelle et réelle des joueurs et non de la force collective qu’ils n’ont ébauchée que contre le Costa Rica en match de préparation. Les modifications de systèmes de jeu n’y ont rien fait. Les changements de joueurs, opérés sous la contrainte, dans l’improvisation et le bruit de vaisselle dans les vestiaires, n’ont guère apporté les améliorations espérées. Le jeu est resté pauvre, les déchets techniques nombreux, la possession de balle sans intérêt et la défaite récoltée au deuxième match méritée. En dehors de Malouda et de Lloris (qui avait quand même encore une vieille angoisse dans les gants à cause d’un ballon –savonnette), rares sont les satisfactions qu’on peut trouver dans une équipe où la pépite Diaby a provisoirement camouflé la chienlit. Peu concernée par l’aventure sportive, l'équipe, disloquée et sans générosité a été rabrouée par une ministresse démagogue qui a tôt fait de trébuché sur le terrain moral où elle avait pris la posture du parangon de vertu. Le chapeau de champion du monde que les Bleus prétendaient vouloir de nouveau coiffer était visiblement un sombrero taillé pour leur bourse bien remplie mais trop grand pour leurs têtes. Ce n’est pas l’aumône faite aux townships qui rehaussera l’image d’une équipe claquemurée dans son camp de base et refusant de regarder la réalité en face. Le chèque donné aux Sud-Africains ressemble fort à une «petite solution locale face à un désordre global » comme dirait la réalisatrice Coline Serreau dans son dernier film éponyme.
Si le prochain match de l’équipe de France a encore mathématiquement un intérêt, on voit mal comment une équipe aux chevilles si enflées et au déficit de caractère si flagrant peut surmonter ses handicaps et perforer son plafond de verre. Elle ne peut aller plus loin et le retour au poulailler promet de belles empoignades et règlements de comptes à OK Clairefontaine. Son seul salut, lors du prochain match, viendrait d’une naïveté de plus de l’équipe sud-africaine et d’une expulsion d’un ou plusieurs de ses joueurs. Les expulsions de l’adversaire, voilà le sésame que les Bleus escomptent pour qu’un coup de théâtre intervienne avant que le rideau ne retombe sur leurs "safari" sud-africain. A onze contre onze, ni la France ni le pays organisateur ne paraissent à mesure de modifier la donne et le verdict entendus. Ce dernier match risque d'ailleur de créer un double précédent : le pays organisateur sera renvoyé au rôle de G.O (gentil organisateur) et cantonné à celui de souffleur de vuvuzela, tandis que le dernier finaliste de la précédente Coupe du monde sera piteusement sorti au premier tour devant des Irlandais (catholiques et protestants) enfin réunis dans l’hilarité commune.
Pour l’Afrique du Sud, le plus sympathique et le plus dur commence : redoubler d’hospitalité -une valeur cardinale et souvent oubliée en Afrique- et continuer à remplir les stades afin que, surmontant la déception de l’élimination, le peuple sud-africain et africain, plus largement, relève le défi de la générosité. Sur le plan sportif, les équipes africaines ont montré les limites de leur préparation psychologique et exposé les tentations qui les privent de la sécurité nécessaire pour rivaliser avec les meilleures. Le Nigéria en a offert un bel et bien triste exemple. Les « Green Eagles » du Nigéria, véritables oiseaux de proie lors de la première demi-heure de leur confrontation avec les Hellènes, ont vu leur envol dominateur se briser sur le rocher de leurs approximations offensives et, surtout, à la suite de l’expulsion de Kaita. Cette réduction numérique étant consécutive à une grossière intention du joueur sanctionné de se faire justice lui-même. La faute, inadmissible à ce niveau de compétition, souligne combien est encore long le chemin mental que les nations africaines doivent accomplir pour s’imposer. Le type de piège à la Materazzi, dans lequel est tombé le cancre Kaita, devrait également conduire la FIFA à pénaliser tout aussi durement les provocateurs qui, par la ruse, la fourberie et la tricherie, faussent les matches et contreviennent à l’éthique sportive. Le Grec Torosidis était tout aussi expulsable sur cette action. Résultat, le Nigéria, qui avait de belles cartes à abattre sur ce mondial a presque tout perdu, y compris la sérénité de son brillant gardien Enyeama si impeccable avant sa boulette qui a amené le but victorieux des Grecs. Ces derniers, pour sortir du cercueil qui ne demandait plus qu’à être cloué par des aigles soudain dégriffés, ont dû relire le philosophe Parmenide : On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve de la passivité et du ridicule. Seul le roué Torosidis s’en est donc tenu au Prince de Machiavel. Si, après deux journées, les équipes « mortes » se ramassent déjà à la pelle, pour les Sud-Africains et nombre d’équipes africaines, Une saison blanche et sèche se profile pour elles à l'horizon de ce mondial. Dans quelle proportion ? Les statistiques nous donnerons bientôt le tournis si les équipes africaines ne se rebellent. "Quand on refuse, on dit non !", trancha Amadou Kourouma dans son dernier livre posthume.
En attendant, il faut tirer un coup de chapeau à l’équipe américaine. Menée deux à zéro par la Slovénie, elle est revenue du Diable vauvert au terme d’un match palpitant. L’arbitre malien, l'erratique Coulibaly, lui a d’ailleurs volé la victoire et la FIFA devrait d’urgence envoyer ce juge du jeu chez un opticien et lui signifier sa mise à la retraite d’office. Son incompétence pendant le match aura certainement pour effet de relancer le débat sur le recours à la vidéo en football. Elle constituerait une décision judicieuse, que Michel Platini le veuille ou non, pendant les finales de Coupe du monde. Les dénis de réalité ne grandissent personne, ni les joueurs, ni les entraîneurs et encore moins… les présidents de nos grandes institutions tant nationales qu’internationales. On ne sort des dénis qu’à son détriment et... la queue basse, aurait pu dire le fameux Cardinal de Retz à qui on prête nombre de citations.
Réponse à Roger Milla

Des Fennecs aux Lions Indomptables
Les Blacks Stars du Ghana, privés de leur atout-maître, Michaël Essien, n’ont pas flanché dès leur entrée en scène. Ils ont mérité leur nom et disposé de la coriace Serbie sur le score de 1-0, offrant ainsi à l’Afrique sa première et convaincante victoire dans cette Coupe du monde.
S’agissant des Fennecs algériens, leur enthousiasme a été douché par une faute de main du portier Chaouchi devant une laborieuse équipe slovène. Le match aurait pourtant pu tourner en faveur des Algériens à la trente-cinquième minute. Suite à un bon mouvement offensif et un centre parti de la droite, aérien et tendu, Rafik Halliche, aurait pu ouvrir la marque et changer le cours de la rencontre. Malgré un Yebda autoritaire en défense centrale et un Ziani prompt à œuvrer dans le dépassement de fonction, n’hésitant pas en effet, tout en menant le jeu, à défendre quand la situation l’exigeait. Les Fennecs ont probablement eu tort de jouer trop bas en première mi-temps. Ils n’ont cependant pas perdu toute chance de qualification, mais ils sont d’ores et déjà dos au mur. Leur situation n’est ni semblable à celle des Grecs, empruntés et balourds (ils auraient pu relire les Philippiques de Démosthène fustigeant l’oisiveté des Athéniens en 351 avant JC), ni assimilable à celle des Australiens taillés en pièces par la vrombissante armada d’une impitoyable Mannschaft. Australiens et Grecs sont certainement déjà en train de faire leurs valises (prises sur le gazon naturel ou synthétique sud-africain) et de réserver leurs vols retour.
Les Fennecs doivent néanmoins, pour survivre, se repasser la vidéo du match RFA-Algérie du 16 juin 1982 à Gijón, rencontre comptant pour le premier tour de la Coupe du monde en Espagne. Ils avaient livré et remporté une partie homérique contre les Allemands sur le score de 2-1. L’actuelle équipe algérienne, volontaire, évoluant en bloc, souffre toutefois d’un manque de souffle, de créativité. Les dédoublements sont timorés et leur jeu de passe pêche par excès de prudence car souvent contenu dans un petit périmètre. Les fennecs jouent-ils avec le frein à main ? Assurément. Il leur faudrait désormais recourir à l’explosivité en phase offensive. Vingt-quatre ans d’absence aux rendez-vous mondiaux ont gommé des références intéressantes et privent la sélection du Pays de Sidi Abderrahmane, de la kahena, de l’Emir Abdel Kader, de Saint-Augustin, de Kateb Yacine, de Rachid Boudjedra, d’Albert Camus, d'Assia Djebar, de Malika Mokeddem, de Rabah Madjer, de Rachid Mekloufi, de Lakhdar Belloumi, etc. d’un capital confiance utile à toute compétition planétaire.
Si les Fennecs manquent de repères, tel n’est pas le cas des Lions Indomptables. Et pourtant tout n’est pas réglé…
Rigobert Song, l’inusable lion à la crinière désormais blonde, jouera sa quatrième Coupe du monde et les rois de la forêt équatoriale disposent d’un fer de lance exceptionnel en la personne de Samuel Eto’o. Sera-t-il suffisamment frais pour enchaîner championnat d’Afrique, Coupe d’Europe des clubs et Coupe du monde avec les crocs et le mordant nécessaire ? La dernière polémique soulevée par le sublime « danseur de Makossa » Roger Milla, l’homme aux chaloupées cinglantes et aux chevauchées inoubliables, a jeté le trouble dans les esprits. En minimisant l’apport d’Eto’o dans l’équipe nationale du Cameroun, Roger le danseur a maladroitement soulevé un problème réel quant au statut de la star intériste au sein des Lions Indomptables.
En réalité, il aurait fallu dire que toute l’organisation du jeu repose trop sur Samuel Eto’o et nuit à sa performance en tant que buteur décisif de type Diego Milito. Les faits sont têtus : les Lions voient généralement en Eto’o l’homme-orchestre et le «Sauveur permanent». Ce que n’a pas souligné notre mirobolant Milla, précieux dépositaire du footbal national, c'est le fait qu'Eto'o soit contraint à cumuler plusieurs rôles : celui de meneur de troupe dans le vestiaire, de meneur de jeu sur le terrain, de centreur, de passeur, de buteur et de « cadoteur perpétuel » (car après le match Eto’o devient aussi « le père de la nation » et comble de cadeaux ministres, dirigeants et joueurs. Or, ce sont ses coéquipiers et les dirigeants, chacun respectueux de sa fonction, qui auraient dû le couvrir de présents, y compris le procureur Milla).
Eto’o, disons-le tout net, n’a jamais rechigné à la tâche. Le cumul de fonctions use et ne permet pas à celui qui les exerce d’être suffisamment « relâché » pour marquer les buts. Eto’o a longtemps dû, face à l’indigence dans la construction du jeu, décrocher et se transformer en n° 10, puis en 9 ½ et, last but not least, il s’est souvent présenté en N°9 éreinté dans la finition. Sachant combien il ne renonce jamais à contrarier la relance adverse, Samuel Eto’o a aussi dû et su revêtir le bleu de chauffe en sélection comme à Barcelone (ne parlons même pas de l’Inter où il a joué arrière droit ; mais ne le disons pas trop fort, cela donnerait des idées à son actuel entraîneur Paul Le Guen !). Joueur de devoir, Samuel Eto’o s’est toujours transformé en premier défenseur dès que son équipe avait perdu le ballon. Du dépassement normal de fonction, on a voulu affecter ce joueur altruiste et généreux à la multiplicité des fonctions, toutes harassantes et intenables même pour un lion réputé indomptable. Voilà ce qu’aurait dû dénoncer Milla, notre sublime procureur et danseur de Makossa devant les poteaux de corner du monde entier.
J’ai connu et apprécié le « perforateur » des défenses qu’était Roger Milla et je garde un souvenir ému de notre dernière conversation pendant un stage de l’équipe nationale auquel nous avions participé en 1981 à Douala. Mais son avis sur Eto’o a été mal conçu et piètrement formulé.
Si Samuel Eto’o est unique, ce n’est pas seulement grâce aux titres et les distinctions gagnés. Ils sont forts nombreux. C’est sa capacité à évaluer les forces de l’adversaire, à comprendre le schéma tactique que l’opposition impose et son inclination naturelle à faire preuve d’abnégation pour contourner l’organisation adverse. Son instinct de prédateur réside dans cette aptitude rare à se fondre dans le collectif, à chasser en meute et, dans l’adversité, à répéter le poème Invictus de William Ernest Henley qui fit tant de bien à l’endurance légendaire de Nelson Mandela :
« Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.»
La vraie question qui s’impose aux Lions Indomptables est celle-ci : l’équipe, toute l’équipe, est-elle enfin prête à approvisionner sans relâche son capitaine en ballons exploitables ? Si la réponse est positive, les Lions devraient renoncer à jouer en faux rythme. Il est urgent d’abandonner ce tempo indolent qui exaspère et altère au fil des matches la sérénité d’Eto’o et sa précision dans le dernier geste. Son tempérament de gagneur ne s’accommode pas des hésitations et des fioritures. Il faudrait aussi que les petits ego de joueurs tels Emana, aujourd’hui, et Womé, hier, restent dans la tanière obscure où naissent les ressentiments stupides. Ce que vient de vivre l’équipe du Cameroun peut lui servir à resserrer les rangs, à parfaire la cohésion du groupe. L’union sacrée autour du capitaine est indispensable. Leur canonnier a besoin de munitions qui ne viendront que de l’allant général et non du talent particulier d’un seul homme, fût-il exceptionnel ou d’une révélation ayant pour nom Makoun, Choupo, Assou Ekotto ou Webo. Au moment où la crise de leadership n’a jamais été aussi flagrante au sommet des Etats et en particulier celui du Cameroun, nul ne peut prétendre qu’une telle crise règne au sein des grands fauves du Pays des Crevettes. Il est simplement dommage que Mbia soit envoyé sur le côté de la défense alors qu’il trône magnifiquement en son centre à Marseille. Il constituerait, en défense centrale, une solide tour de contrôle, une sauvegarde essentielle de l’axe, au moment où le poste de gardien des Lions Indomptables paraît bien fragile. Bref, si la meilleure défense c’est l’attaque, les Camerounais savent ce qu’il leur reste à faire s’ils ne veulent pas avaler un « Fugu » vénéneux face aux vaillants Japonais.
Pour éviter de boire le calice de la désorganisation jusqu’à la lie, il faudrait aussi qu’ils soient épargnés par les problèmes d’intendance si récurrents et épuisants. Les Lions Indomptables ont, comme l’affirme leur capitaine, une excellente équipe. Parmi les trois clubs africains qui seront qualifiés pour la deuxième phase de la compétition, Les Lions présentent de solides et sérieux arguments. Il leur appartient de les rendre évidents sur le terrain et… de danser le Makossa, le Bikutsi ou le Mangambeu autour des poteaux de corner.
Eugène Ebodé
Les gardiens du temple

Les gardiens du temple
Après deux jours de compétition et avant de parler de la poussive entrée en matière de l’équipe de France contre la prétendue rugueuse Uruguay, trois joueurs, trois gardiens de but me paraissent avoir fait forte impression en Afrique du Sud. Il s’agit du Sud-africain Itumeleng Khune, du Nigérian Vincent Enyeama et de l'Américain Tim Howard, ce mur en béton contre lequel les Anglais viennent de se casser les dents. Ces gardiens ont joué sans s’encombrer ni la tête ni les jambes de l’angoisse qui rapetisse les performances. Leur concentration et leur insouciance ont crevé l'écran.
Le premier, le « bafana » (garçon en zoulou) Khune, du haut de ses vingt-trois ans, n’a été écrasé ni par le bourdon des vuvuzela ni par le poids de l’épreuve. Presque joueur de handball lors d’un face-à-face avec un attaquant mexicain, Khune avait les airs d’une araignée géante. Dans sa surface de réparation, il ressemblait à Spiderman, le voltigeur, avec l’air de se déplacer avec des fils arachnéens ; seule la capture du ballon étant son unique obsession. S’il a donc démontré qu’il jouait bien de ses mains et ne pratiquait rien qui fut assimilable à un jeu de vilain, il a aussi frappé les esprits par le brillant usage de ses jambes. Sa vision panoramique lui a permis d’être la première rampe de lancement des attaques des Bafana Bafana. En toute fin de match, Khune aurait pu être le passeur décisif si Katlego Mphela, l’avant-centre sud-africain, avait transformé en but le « caviar » long de quatre-vingts mètres offert par notre Spiderman de l’hémisphère sud.
Quant à Vincent Enyeama, il s’est montré peu impressionné par le palmarès des Messi, Higuain, Tevez et Milito. Il a laissé aux vestiaires la panique qui s’empare d’ordinaire des gardiens de buts lorsque Lionel Messi enchaîne ses dribbles si rapides et si fulgurants que nul ne sait jamais à quel moment il arme sa frappe. Le chaman Enyeama a tout lu, tout vu et réduit à néant les passes de génie que Messi semble généralement faire aux filets lorsqu’il marque un but. Grâce à la percussion argentine, les vuvuzela ont même paru un temps moins sonores tant les tirs crépitaient comme une mitraille que le chaman, gardien des cages nigérianes, annihilait d’une parade, d’une main et d’une jambe fermes.
Difficile de qualifier l’hallucinante prestation de Tim « Magic » Howard. Il a tout simplement été fabuleux face aux bombardiers Rooney, Heskey, Lampard et autre Crouch. Howard, incarnation de Shiva Nataraja, a semblé, pour les attaquants adverses, posséder quatre mains, celles d’un danseur cosmique rythmant la destruction du jeu anglais pour mieux se transformer en créateur de la sarabande américaine. 
En revanche, son homologue anglais, Robert « Calamity » Green, vient peut-être de vivre son unique et dernier match de la compétition. Les Anglais croyaient éviter les quolibets que déchaînent souvent leur bon vieux « Calamity » James, l’un de leurs trois goalkeepers. Hélas, Robert Green vient de réaliser une monumentale bourde qui a coûté la victoire à l’Angleterre dans un match enlevé, incertain et plaisant.
On dit, côté français, que les ballons du mondial sud africain sont capricieux. Khune, Enyama et Howard ont démontré le contraire, même s’ils ont encaissé un but chacun. Mieux encore, ils ont exposé les possibilités de dompter ces capricieux ballons et prouvé qu’elles résident dans des mains de fer masquées sous des gants de velours.
S’agissant de la France, d’un pied hésitant et avec une main molle qu’elle est entrée dans la compétition. Si la défense a passablement tenu le coup en raison d’une opposition minimaliste, il faut créditer Raymond Domenech d’une note positive quant à la titularisation d’Abou Diaby. Ce dernier, explosif, porté vers l’avant, a laissé éclater son plaisir, même s’il a paru manqué de condition physique pour appuyer ses initiatives et soutenir les attaquants errants et perdus sur le terrain. Pour équilibrer le jeu et le rendre moins formaté, il faudrait expliquer à Kaiser Franck qu’il devrait jouer à droite ou céder la place sur ce côté-là à Valbuena. C’est de joueurs humbles, mais soucieux de la percussion collective dont une équipe a besoin. Les solistes, à l’image de Mario Balotelli (le jeune joueur de l’Inter de Milan), du Français Hatem ben Arfa ou du Camerounais Achille Emana, sont des joueurs utiles pour les matches compliqués que l’on veut emballer en leur accordant un temps de jeu limité. Enfin, si l’équipe de France veut aller loin, qu’elle construise d’abord son jeu et cesse de frapper dans les ballons comme s’ils n’avaient pour unique objectif que de bombarder les nuages et non les cages.
Si les joueurs français veulent progresser, ils n’ont qu’à revoir en boucle les premiers buts de ce mondial, ceux du Sud-africain Siphiwe Tshabalala et du Sud-coréen Ji Sung Park. Mais qu’ils ne revoient pas les arrêts des gardiens du temple que sont Spiderman Khune, chaman Enyeama et Magic Howard ! Ils continueraient à bombarder les nuages au risque de faire tomber la pluie dans les stades sud-africains, et la douche froide sur leurs supporters déjà passablement frigorifiés et anxieux.














