Une vie de boy
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Une vie de boy
Hier, dans le studio de Radio Clapas, jeune et très impertinente radio montpelliéraine, nous n’avons pas parlé de Ferdinand Oyono, écrivain et homme politique camerounais mort à la veille de l’ouverture de l’actuelle compétition mondiale et célèbre dans l’univers des lettres par deux livres splendides : Le vieux nègre et la médaille et Une vie de Boy. Football et littérature ne font pas toujours bon ménage car me revient en mémoire une question posée à André Brink en juillet 2009 à Alger et portant sur la Coupe du monde en Afrique du Sud. Il me répondit avec sincérité que le football n’était pas sa tasse de thé et qu’il lui préférait le ballon ovale.
A radio Clapas, en une heure d’émission enjouée et mordante (que vous pourrez télécharger en utilisant ce lien http://www.sendspace.com/file/
L’une des invraisemblances du naufrage auquel nous assistons tient aussi à une faillite pédagogique évidente. Les supporters de l’équipe de France manifestent depuis le début de la compétition leur désamour et leur défiance à 98% face aux caprices des faux princes du football français. En effet, personne, dans l’encadrement technique, n’a pris la peine d’expliquer dans quel schéma directeur de jeu allait s’inscrire l’organisation de l’équipe. On a évoqué des « chantiers » en défense, mais on en a ravalé la façade tout en ignorant la bataille du milieu. En outre, myopie suprême, le « staff » n’a pas mesuré l’indigence dans laquelle se trouvait l’attaque vouée à l’improvisation. Sans munitions techniques, sans tactiques de rechange, sans cohésion réelle et sans envie de partager quelque chose en commun hormis les primes, l’édifice tout entier s’est effondré au combat. Le 4-3-3 adopté à Tignes n’était qu’un leurre, car après l’illusion du match contre le Costa-Rica en rencontre de préparation, Malouda et Govou ont vite été figés et repositionnés dans un dispositif frileux et défensif, Ribéry, cantonné au registre de soliste, de dynamiteur des défenses adverses et autoproclamé homme providentiel, tandis qu’Anelka, isolé en pointe, grommelait son malaise en décrochant sans cesse pour venir au moins tâter de la balle. Lassé d’être sifflé hors jeu, sevré de ballons lui parvenant dans le bon tempo, il a choisi la désertion, l’indiscipline tactique d’abord puis l’insubordination grossière. Il désertait déjà sa fonction pour venir au milieu de terrain y faire mine d’être encore dans coup alors qu’il était déjà ailleurs. Or, il aurait fallu jouer avec deux véritables « pointes » (attaquants axiaux) pour qu’Anelka puisse tourner autour d’Henry, de Cissé ou de Gignac. C’est cette organisation défaillante qui a fissuré la confiance du groupe et rendu peu crédible tout discours mobilisateur de l’entraîneur. Résultat, des joueurs fortunés, voyant leurs adversaires moins argentés (Chinois et Mexicains compris) galoper sur les terrains et leur marcher sur le ventre, ont eu le sentiment de mener une Vie de boy sur des pelouses où seule l’humiliation les attendait.
A Radio Clapas, je n’ai pas évoqué Ferdinand Oyono et ses deux principaux romans, tous publiés en 1956 et qui narraient avec efficacité, dérision et un aplomb ravageur, les sentiments d’humiliation et d'incompréhension vécus par les Africains pendant la période coloniale. Dans Une vie de boy, l’écrivain fustigeait les pratiques autoritaires des maîtres et les frustrations des indigènes. Mais l’homme politique qu’est devenu plus tard Ferdinand Oyono s’est glissé avec une ahurissante facilité dans les pantoufles du pouvoir, ses costumes, ses délires et ses dérélictions. A la radio, j’aurais aussi pu parler de Caspar, cet adolescent de quinze ans qui aime la littérature (il l’a très tôt joyeusement tété car sa chère maman est écrivaine) et le football. Caspar m’a fait part de sa grande tristesse devant l’élimination des Lions Indomptables et celles, probables, des Eléphants, des Bafana Bafana voire des Super Eagles. Pour lui, les équipes sympathiques s’en vont quand d’autres, robotisées à l’extrême (pensait-il à l’Italie ou à la laborieuse Slovénie ?) poursuivront leur route vers la gloire. « A vaincre sans péril, on ne triomphe pas forcément sans gloire, mon garçon ! Il ne faut pas seulement se contenter de participer, mais savoir aussi gagner !… Camerounais, Nigérians et Ghanéens l'ont déjà fait dans d'autres compétitions mondiales. Il n'y a donc pas de fatalité à l'échec».
Chers Caspar et Xavier, j’aurais aimé être Le jongleur de nuages, selon le beau roman d’Ysabelle Lacamp, pour chasser ceux qui s’amoncellent au-dessus des têtes des équipes « sympathiques ». Mais ne soyez pas trop tristes, car ces équipes retournent à leur rôle de spectatrices. Elles l’abandonneront le jour où, fendant l’armure, elles jetteront bas la vieille redingote qui rend grotesque et assigne mentalement, psychologiquement et socialement un groupe à une vie de boy !
Commentaires sur Une vie de boy
qui est trahit
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