La beauté barcelonaise et Samuel Eto'o

Juste avant l’élimination du FC Barcelone par l’Inter de Milan du virevoltant et maître tacticien Mourinho, je suis allé, en famille, revoir Barcelone. Cette ville magnifiée par Gaudi, Miró, Dalí, Bofill, artistes et architectes catalans au génie incomparable. La ville nous a paru lasse, moins pétaradante, bougonne, comme préparée à la débâcle inéluctable. La crise secoue l’Espagne et les agences de notation, soudainement célèbres en ces temps économiquement hivernaux, soufflent le froid sur Barcelone. Grâce au Comité d’Entreprise de La Caisse Régionale d’Assurance Maladie du Languedoc-Roussillon, nous sommes descendus à l’hôtel des Citadines qui donne sur la Rambla, entre La place de Catalogne et le célèbre théâtre lyrique du Liceu. Sous les fenêtres de l’hôtel, nous avions journellement droit au saisissant spectacle qu’offrent les automates vivants et les jongleurs vêtus aux couleurs du club fétiche de Barcelone. Avec un deux, trois ballons, ces artistes hallucinants, grimés ou déguisés à l’image des joueurs immortels qui ont porté le maillot du Barça ou qui s’illustrent encore chez les Blaugrana, se livrent à un spectacle étourdissant. A l’applaudimètre, les imitateurs de Messi et de Ronaldinho remportent les suffrages les plus tonitruants. A l’approche de la confrontation avec l’Inter, aucun jongleur représentant Eto’o ne s’est risqué sur le théâtre de la Rambla, sur cette scène où le nom du magicien camerounais a été scandé des années durant au fur et à mesure de ses buts, de ses chevauchées, de ses replis défensifs et de son extraordinaire capacité à se muer en premier défenseur de Barcelone. Que de cierges, les barcelonais n’ont-ils allumés, la veille des matches de leur équipe, dans le cloître de la cathédrale Sainte Eulalie, co-patronne de la ville, pour que le lion indomptable Eto’o brise les défenses adverses et réduisent à néant les attaques ennemies !
Nous sommes justement allés visiter le cloître de l’imposante cathédrale dans lequel se trouvent 13 oies symbolisant l’âge de la jeune Sainte Eulalie au moment de son martyr. Nul ne saurait quitter la vieille ville sans un détour par le musée Dali où Pierre et Laure ont goûté aux joies des retrouvailles avec les montres dégoulinantes du fabuleux Dali. L’atypique nous alertait ainsi, à sa manière pittoresque et originale, sur l’écoulement imperceptible du temps, les torsions et distorsions imprévisibles qu’il imprime à nos vies. Du gothique, nous sommes passés au baroque flamboyant dans lequel semble avoir été taillé le palais de la musique catalane. Ensuite, nous nous sommes rués sur la route du modernisme. Une attitude y est recommandée : avoir le nez en l’air !
Des pavillons, des palais, des édifices surprenants, des bâtiments aux façades éblouissantes offrent au promeneur un panorama aux reliefs ingénus, torsadés, délivrant aussi dans cette artère impressionnante de Barcelone, un récit halluciné du génie architectural catalan. Entre tous ces palais et riches demeures de charme, la casa Amatller, la casa Battló, la fondation Tapiès, le palais Güell, la casa Morera en imposent. La construction la plus étonnante, c’est l’inclassable Pedrera ou Casa Mila, œuvre du transcendant Gaudi. Elle requiert plus qu’une halte. Sur la toiture de l’édifice, les innombrables cheminées de pierre qui y représentent les personnages et les membres de la famille, poursuivent, en plein air, en plein ciel, des conversations autant mystérieuses qu’infinies.
Il faut voir Barcelone en fête et ses ramblas animées de jour comme de nuit, mais nous l’avons surtout vue en larmes, pluvieuse, inattendument grise et les ramblas désertes après la défaite infligée par l’Inter. Nous avons couru vers le port olympique en rasant la haute et interminable statue du Génois Christophe Colomb. Nous avons englouti force Tapas et Tortillas avant de reposer nos pieds fourbus par la marche. Le lendemain et le surlendemain, d’autres découvertes, d’autres œuvres monumentales de ce Catalan hors-normes que fut Gaudi nous attendaient. Dans le parc de Güell, le long de la diagonale ou en revenant de Montjuic, sur les hauteurs du stade Olympique, les réalisations de Gaudi sont stupéfiantes. La Sagrada Familia, qu’il a commencée en 1882, dans le quartier de l’Eixample, se poursuit allègrement et s’achèvera en 2022. Cette œuvre néogothique, destinée à la Sainte Famille du Christ, faite de 18 invraisemblables tours, est

phénoménale. Avant de quitter Barcelone, nous avons vu une exposition sur l’Egypte ancienne et écouté les explications de Marie-José retrouvant des accents professoraux pour nous entretenir du fantastique peuple d’Egypte, de ses momies, de ses rites funéraires et des portraits du Fayoum. Nous avons caressé les moustaches du gigantesque chat noir de Botéro sur la rambla del Raval. Puis nous avons dit adieu aux artistes et jongleurs amoureux du ballon. Ils seront bien obligés, ont-ils admis, de remettre au devant de la scène le personnage d’Eto’o ; nul ne doute plus, dans leur rang, que le « sérial buteur » camerounais, qui n’aurait jamais dû quitter Barcelone (n’est-ce pas, monsieur Guardiola ?) démentira, en remportant avec l’Inter sa deuxième coupe d’Europe d’affilée, l’adage qui définit le football comme « un sport qui se joue à onze contre onze et, à la fin du match, les Allemands sont les vainqueurs. »

















